On s'assierait par terre comme quand on était gosses,
On retracerait sur le pavé les étoiles à la craie, les sourires, les marelles,
Entre deux batailles de cerises trop mûres et la tête dans les nuages.
On se chamaillerait parce que tu dirais que celui-ci est un crocodile,
Et je soutiendrai que c'est une baleine.
Un jour ou l'autre, la rue valsera de nouveau et les visages tristes s'effaceront,
On pourra marcher sur les trottoirs jusqu'aux nuages.
La pluie sera brûlante, comme avant, comme avant.
Les gouttes acides troueront la peau épaisse des gens cupides,
Leur carapace volera en éclat, comme avant, comme avant.
Quand tu disais qu'au fond ils étaient bons, sûrement, quelque part.
Les bottes de pluie en caoutchouc, à pieds joints dans les flaques.
__
C'est un triste et doux voyage à la fois lorsqu'on ne sait où l'on va. Patati patata. Il faut que je relise mes notes. Mettre en ordre, je crois qu'il vaut mieux pour vous. Oh et puis non. Ca donnait :
Tout a un autre goût. Les aigus sont plus aigus, les graves plus graves, les lumières plus prononcées et les ombres plus obscures. Je ne sais pas si j'aime mais je dépend de cela. Les sentiments sont indiscutables lorsqu'ils sont généreux.
Et sur ma peau rougie par le mauvais vin se gravent des mots mal assortis et non conjugués. Des verbes à l'état brût. Sans conjonction. Les gestes incontrôlés. Il faut tout écrire pour tout décrire au mieux, au pire.
C'est la lutte des classes et des hiérarchies. C'est l'état même d'ivresse qui se renverse pour établir une nouvelle démocratie. Tu griffonnes des pages & des pages. C'est comme cela que ton esprit s'élargit. C'est par l'amour et l'amour seul que tu t'épanouis.
N'est-ce pas magnifique, tout cet amas de gloire mêlé à la substance de l'inconscient. A la frontière & les limites.
C'est une aporie, une guerre sans nom et sans mercie. Où lutte ton corps et ta figure ébahie de trouble-fête insomniaque. C'est comme cela qu'on tue le temps, par l'écriture, et l'observation inlassable de l'âme anachronique, de ce visage sans histoire que tu dois accepter nuit & jour. Tu regardes en toi-même et c'est lui que tu vois. Que tu supportes grâce à lui, lui, lui, lui et Lui seulement. Avec majuscule s'il vous plait.
La frénésie bat son plein, l'hérésie, la folie, le son plein & rond calme trop bien l'ennui des pauvres rustres qui dorment. Déjà. Alors même que le coeur n'a cessé de battre encore.
On pourrait croire qu'elle est là puis plus là, qu'elle est folle mais pas trop, un peu dérangée sur les bords. Mais si elle mord la chair c'est pour laisser des marques, prouver qu'elle existe, malgrès l'infinité des choses qui font qu'elle est inutile, quand on a fait les comptes.
Jamais l'encre noire n'avait stoppé son cours, mais il est vrai que ce soir elle en bat des records. Ces soirs de pleine lune cachée, de plénitude rêvée et de sommeil espéré. Usés à la moëlle de ses os qui ne cessent de se tordre, encore, et encore, et encore. Jusqu'à l'immobilité. Ces envies volages & absurdes. Personne ne devine à quel point je me perd. Pas même lui, le moi du toi du toi du moi. Malgrès moi sans le vouloir, j'ai les yeux dans le vague et je n'ai pas choisi.